
Ce GAEC de trois personnes, Thierry Lefevre, Hervé Loiseaux et Jean-Luc Villain est spécialisé en production laitière biologique. Jean-Luc Villain est venu témoigner sur son expérience au colloque sur l’utilisation des pesticides, en mai dernier. En voici un extrait :
"Plutôt qu’un exposé sur l’Agriculture Biologique, je préfère témoigner sur ce que je vis avec mes associés sur la ferme et revenir sur ce qu’a été notre cheminement."
De l’installation à l’intensification
Installé en 1980 en GAEC avec mes parents, j’ai axé la
ferme pendant les douze première années vers le progrès
technique. Nous sommes ainsi passé d’un troupeau laitier de
35 vaches à 60 avec de nouveaux aménagements (salle de traite,
stabulation, silos,..). Ces années furent euphoriques puisque la
moyenne par vache est passée de 5500 litres à plus de 9000
litres par an. Un atelier de taurillons est venu s’ajouter à la
ferme.
Les résultats économiques augmentaient mais le résultat
disponible pour vivre quant à lui plafonnait. Ces avancées
entraînaient une charge de travail importante à certaines
périodes. Sans parler des problèmes de santé sur les
animaux liés à la productivité et la dégradation
de notre environnement.
Deux faits marquants ont provoqué un déclic : une formation
universitaire sur la conduite d’entreprise où j’ai rencontré des
personnes de différents milieux et les résultats de 1994
du CETA de la Capelle où le meilleur résultat d’exploitation était
détenu par une ferme avec un troupeau de normande à 5900
litres par vache et une alimentation à base d’herbe.
Le retour à l’autonomie
Associé en 1995 avec Hervé, au départ de mes parents,
nous avons remis en cause notre "productivisme". Cette réflexion
nous a amené à baisser les charges alimentaires et de structure, à remplacer
les taurillons par des bœufs laitiers mais surtout à réorganiser
notre temps de travail et à augmenter la part de l’herbe dans
notre système. Cette baisse de l’intensification nous a procuré plus
d’autonomie avec un travail moins pénible et nous avons appris
certains savoir-faire.
En travaillant et investissant beaucoup, il aurait été possible
de rester à deux sur la ferme, tel n’a pas été notre
choix ! Nous avons fait la connaissance de Thierry, associé en 1999,
qui nous a amené sa compétence d’éleveur et
de suivi de l’herbe qui nous manquait.
Cette période entre 1994 et 2000 a été un temps fort de réflexion et de prospective sur l’avenir de la ferme grâce à de nombreuses visites de fermes et de découvertes de modèles « durables ».
Le choix du bio
Notre volonté d’aller encore plus loin dans notre autonomie,
nous a amené à nous orienter vers l’agriculture biologique
en 1999 – 2000. En effet, le bio semblait être une réponse
appropriée à toutes nos questions et le cahier des charges
valoriserait notre travail d’éleveur.
De plus nous avions la mise aux normes à faire et c’était
une réelle opportunité pour remettre à plat notre
système et le réfléchir dans sa globalité.
Nous avons relevé le défi et nous sommes certifiés
en production laitière depuis juillet 2002.
Aujourd’hui la ferme a toujours 169 ha, le même quota laitier
et si la structure est la même, la ferme a complètement changé.
Les évolutions environnementales sont les plus visibles : plus de
prairies (80% de ferme), les phénomènes d’érosion
ont pratiquement disparu, plus de haies (5Km en 5 ans), le fumier est systématiquement
composté,…Les évolutions sont aussi très visibles
au niveau sanitaire.
Nous avons ainsi tous les trois retrouvé un sens à notre
métier et surtout à nos engagements. Notre ferme est devenue
un lieu d’échange, de rencontres avec des personnes de tous
les milieux. Nous faisons des produits sains et de haute qualité,
nous préservons l’environnement et lui rendons même
un cachet, tout en ayant toujours une ferme productive.
"Faible coût pour la société, rentabilité, autonomie, création d’emploi dans un environnement en renaissance avec les animaux en bonne santé et des hommes debout. La bio ne manque pas d’atouts. Ce sentiment de fierté d’avoir trouvé l’équilibre et d’être acteur de sa vie, anime tous les agriculteurs bio aujourd’hui."
Jean-Luc Villain
Vous pouvez trouver des informations technico-économiques sur la ferme de la Petite Prée dans la brochure réalisée par la Chambre d’Agriculture de l’Aisne et diffusée à l’occasion de la porte ouverte. Brochure disponible gratuitement à l’ABP ou auprès de Philippe Vanloot CA02.